03.08.2008
Là où Gerard de Nerval passe ses étés

"Gérard de Nerval composa Les Chimères.
Et puisque, écrivait-il à Alexandre Dumas en lui dédiant Les Filles du Feu, vous avez eu l’imprudence de citer un des sonnets composés dans cet état de rêverie super-naturaliste, comme diraient les Allemands, il faut que vous les entendiez tous. – Vous les trouverez à la fin du volume. Ils ne sont guère plus obscurs que la métaphysique d’Hégel ou Les Mémorables de Svedenborg, et perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible, concédez-moi du moins le mérite de l’expression; – la dernière folie qui me restera probablement, ce sera de me croire poète : c’est à la critique de m’en guérir.
C’est bien cela. Certains poètes ont le droit de rester inexplicables, et, à vrai dire, ceux qui paraissent si clairs ne seraient pas toujours les moins obscurs, si l’on voulait débrouiller le sens véritable de leurs poèmes.
Cependant, une adorable et mystique lumière éclaire divinement quelques sonnets qui « perdraient de leur charme à être expliqués, si la chose était possible », quelques sonnets de ce ténébreux pendu qu’un lacet de corset blanc étranglait, un matin de janvier 1855, rue de la Vieille-Lanterne, là où s’élève, maintenant, la scène du Théâtre Sarah-Bernhardt."
GUILLAUME APOLLINAIRE, " La vie anecdotique : Gérard de Nerval."
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